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syndicat du hype en version 2.0
Il est jeune, hip, ni content ni grognon, c’est Sydney Valette, auteur du tétanisant «Plutôt Mourir que Crever». L’album electro-pop qui prouve que la jeunesse reste une arme de combat, même en France: mort à l’institutionnalisation !
Plutôt mourir que quoi ? Bosser ? Voter ? Twitter ? Ouvrir un compte épargne ? Sydney Valette, plein d’espoir, a tranché : Plutôt Mourir que Crever. Il le hurle dans Peurs Viscérales : « Je n’veux pas mourir ! Je n’baisserai pas les bras : je veux vivre ! » Car Sydney, 25 ans ce mois-ci, a l’avenir devant lui. Il ne donne pas dans le no future. Même si son album dégage une intensité punk, même si être jeune dans la France d’aujourd’hui peut foutre l’angoisse. Plutôt Mourir que Crever engage à la lutte : pour survivre, créer, transcender sa colère et ses désirs, dépasser l’hédonisme et la gueule de bois. Cet album cinglant, c’est le témoignage électrifiant, poétique, de la vie d’un vingtenaire en 2011.
« Si c’est pour encore errer dans la rue, toute la journée, pour ne pas penser à c’qu’on fait, à penser au futur qui nous angoisse, au futur immédiat, à fouiller dans les poubelles, à sniffer d’l’a coke, à boire de l’alcool, à fumer des cigarettes, à s’pourrir la santé quoi, non moi j’préfère rester dans mes rêves, merci… Non, non, non, j’veux pas m’lever j’veux pas m’lever ! », clame Valette dans Frustration Onirique. Il s’est pourtant levé pour m’accueillir, un soir de mars, dans son appart’ informel, perdu au milieu d’une barre au-dessus de Belleville, quartier popu du nord de Paris. « Regarde la vue, on dirait Berlin 1988, la cité en plein Paris. J’ai pris la place du coloc de mon coloc, parti à Berlin, justement. » Je reconnais à peine le Sydney qu’on voit sur une pub de baskets : il a rasé sa moustache. « Il y a trois mois. C’était trop. Et tout le monde en porte de nos jours. » Par contre, il reste fringué improbable. Quel étrange peignoir porte-t-il ? Pas vraiment une robe de chambre, plutôt un grand gilet, bleu électrique. Jean slim feu au plancher, chaussettes blanches, mocassins à pompons. Cheveux blonds foncés, courts, lunettes. « Je vais vers plus de sobriété, fini le côté fluokid. »
Se purifier des merdes
C’est vrai qu’il y a six mois, quand je le découvre, il est limite petit personnage pittoresque à la Luce, avec cape et chapeau. « Je surjoue juste un peu. Je me mets dans la peau d’un personnage légèrement extravagant auquel je peux m’identifier, pas éloigné. On porte des masques. Klaus Nomi, il est trop. Tellier, wow, intense, j’adore. Ian Curtis et John Maus, parfaits. » A travers certaines de ses intonations, je l’imaginais assez folle extravagante. Sydney se ressert un thé, me propose un autre verre d’alcool chinois. « Ah mais non. Je suis hétéro. Même si je ressens une certaine ambiguïté. Ma voix parfois androgyne, un coté féminin affirmé. La chanson Mode de vie, je l’ai écrite d’un point de vue féminin. » Mode de vie clôt Plutôt Mourir que Crever, concept album en forme de diptyque, seconde partie l’âge adulte, première l’enfance.
Que voici : naissance en 1986. Grandit à Bordeaux. Père dans le vin, chanteur de jazz. Parents new age (yoga, bouddhisme) et divorcés. Passion du roller. Cours de piano. Elève brillant. Montée à Paris à 18 ans pour des études de philo. Happé par les nuits, toutes, goulument, Truskel, Paris Paris, Zorba, La Générale, Baron, Java, Panic Room, Nouveau Casino, la Miroiterie, des caves, squats, bars, Paris est une fête effrénée. Composition de morceaux electro sur son PC. Récit de ses nuits, ses jours, vie et virées d’un jeune surdoué dans un quinquennat flippé. A première vue, qu’est-ce qu’il lui reste, à la jeunesse, dans cet occident en pleine crise économique et idéologique ? La possibilité de se retourner la tête. « La plupart de mes morceaux découlent d’un hangover. » C’est particulièrement clair sur Variation Alchimique : « Exalté par mon insomnie artificielle, je m’amuse de voir mon camarade serrer les mâchoires. On dirait un poisson. » Et sur Dimanche, « le corps purifié de toutes les merdes qu’on a ingurgitées, le vendredi et le samedi soir, tous les jours ce devrait être Dimanche. » Sydney hésite, je lui tire les rails du nez. « Ouais, il y a un côté désespéré dans ma génération, ceux qui ne se défoncent pas, c’est difficile… Mais quand même, tout le monde n’est pas dans l’excès. Je ne bannis pas la fête, je suis un fêtard, j’adore danser, sortir, mais disons qu’il y a un aspect trop, trop, quoi, c’est pour ça que je m’en suis écarté, j’en ai trop chié. Si j’ai des bons souvenirs, c’est que j’en ai fait des chansons. »
Surenchère de désirs
Si Sydney s’élève loin au dessus des trentenaires de chez Ed Banger ou Kitsuné - l’esprit cool, branchés dorés -, c’est par sa façon caustique de transcender ses angoisses métaphysiques, par son don pour les mélodies. « Etre un produit hype, c’est malgré moi, j’en ai rien à foutre. Tout le monde est branché, tout le monde est plouc. Je veux être auteur de ma vie, vivre de mon art. Au fond de ça, qu’est-ce qu’il y a ? L’amour. Une recherche mélancolique et désespérée de l’amour et du bien-être, malgré notre condition d’êtres humains. L’art est une échappatoire, avec fonction cathartique. Tu déposes ta souffrance dans ce que tu fais, pour la mettre à distance. La fête recèle une part de tristesse, je pose des paroles dark sur des instrus un peu déglingués. Les mélodies expriment des sentiments. Ma génération recherche l’amour de façon désabusée. Choper des meufs, c’est de la consommation. On est perdus dans notre trop-plein de désirs. Il y a un problème de surenchère, de but. »
Artiste générationnel très singulier, Valette revendique quand même deux influences : « Crystal Castles, je les ai vu dans des squats à Paris avant qu’ils explosent, vers 2007. Quelle claque. J’étais amoureux d’Alice Glass. Taxi Girl, c’est grâce à des chansons comme Paris ou Les jours sont bien trop longs que j’ai franchi le pas, que j’ai osé chanter sur mes instrus. Frustration Onirique, l’accent parisien, c’est pas mimétique, mais inconsciemment, ça vient de Daniel Darc. » Ce dernier, à 22 ans, chantait « Nous étions les derniers, seuls jusqu’au matin, mais le matin était sale, et nos rêves s’y sont brisés : il ne reste plus rien, il n’y a plus qu’à dormir, dormir ou pleurer », puis à 25 ans « est-ce que quelqu’un est prêt à devenir vieux ? Non ! ». Sydney, même âge, se sent prêt à devenir plus adulte, mais son album prouve que la pop reste une affaire viscérale de jeunesse.
Contre la victimisation
Des disques de vieux, il en sort des supers tous les ans, mais c’est encore et surtout la jeunesse qui bouscule - Jim Morrison, Ian Curtis, Marc Bolan, Sex Pistols, Kurt Cobain, Aphex Twin, tous étaient vingtenaires quand ils ont changé des vies. En France, un quart de la population active des 18-25 ans est au chômage. Le CSA vient de réaliser une enquête : 65 % des 15-30 ans se disent pessimistes sur l’avenir des jeunes en France, 75% ne se sentent pas écoutés et reconnus par la société. Des associations comptent en profiter. Le Cercle National de Réflexion sur la Jeunesse vient de se créer, publiant un manifeste : « Notre jeunesse est systématiquement stigmatisée… Et finalement elle ne reçoit pas la dignité qui lui est due. » Même discours chez Maxime Verner, 21 ans, Candidat des Jeunes de France aux présidentielles : « Comme ma génération, je ressens les situations toujours plus humiliantes et ingrates dans lesquelles nous sommes laissés. » A la victimisation institutionnelle, Sydney Valette préfère l’humour noir, des chansons radicales, un son qui cogne et bouleverse. Il peut y avoir du désespoir, comme sur Peurs Viscérales : « Il y a des jours où j’ai peur de mettre un pied devant l’autre. Alors je me mets à rêver d’une mort médicalement assistée. Finis les régimes minceurs, finies les visions erronées de soi-même, finies les déformations visuelles cognitives, finies les affres de la digestion, finie la recherche de l’amour parfait. » Il peut aussi y avoir de l’espoir, celui engendré par des mélodies terrassantes, une fantaisie décapante, des paroles sans langue de bois, une fierté assumée, revendiquée. « Je n’baisserai pas les bras : je veux vivre ! » Son album décrit le présent tel qu’il est, voit l’avenir avec combativité. Plutôt mourir que de ne pas voter Valette.
Benoît Sabatier
«Frustration Onirique EP» (deBonton)
Album «Plutôt Mourir que Crever» après l’été.
En miniconcert le 22 novembre au Petit Trianon, Paris.

http://www.facebook.com/event.php?eid=290299754338282
avec l'aimable autorisation de TECHNIKART

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